« Eh bien, madame, dit l’oncle Jacob en souriant, vous allez mieux ? »
Alors, elle, qui s’était retournée et qui le regardait avec douceur de ses grands yeux noirs, répondit :
« Oui, monsieur le docteur, vous m’avez sauvée, je me sens revivre. »
Puis, au bout d’une seconde, elle ajouta d’un ton plein de compassion :
« Vous venez encore de reconnaître une malheureuse victime de la guerre ! »
L’oncle comprit qu’elle avait tout entendu, lorsque le bourgmestre était venu le prendre une demi-heure avant.
« C’est vrai, dit-il, c’est vrai, madame ; encore un malheureux qui ne reverra plus le toit de sa maison, encore une pauvre mère qui n’embrassera plus son fils. »
La femme semblait émue et demanda tout bas :
« C’est un des nôtres ?
— Non, madame, c’est un Croate. Je viens de lire en marchant une lettre que sa mère lui écrivait il y a trois semaines. La pauvre femme lui recommande de ne pas oublier ses prières du matin et du soir et de bien se conduire. Elle lui parle avec tendresse, comme à un enfant. C’était pourtant un vieux soldat, mais elle le voyait sans doute encore tout rose et tout blond, comme le jour où pour la dernière fois, elle l’avait embrassé en sanglotant. »