Elle se tut, et l’oncle tout rêveur répondit :
« Oui… oui, c’est une bonne pensée ! Fritzel, apporte l’encre et le papier. Quelle misère, mon Dieu ! dire qu’on annonce des choses pareilles et que ce sont encore de bonnes actions ! Ah ! la guerre… la guerre. »
Il s’assit et se mit à écrire.
Lisbeth entrait alors pour mettre la nappe ; elle déposa les assiettes et la miche sur le buffet.
Midi sonnait ; la femme semblait s’être assoupie.
Enfin l’oncle finit sa lettre ; il la plia, la cacheta, écrivit l’adresse et me dit :
« Va, Fritzel, jette cette lettre à la boîte, et dépêche-toi. Tu demanderas aussi le journal à la mère Eberhardt ; c’est samedi, nous aurons des nouvelles de la guerre. »
Je sortis en courant et je mis la lettre à la boîte du village. Mais le journal n’était pas arrivé ; Clémentz avait été retenu par les neiges, ce qui n’étonna pas l’oncle, pareille chose arrivant presque tous les hivers.
CHAPITRE VIII
En revenant de la poste, j’avais aperçu tout au loin, dans la grande prairie communale, derrière l’église, Hans Aden, Frantz Sépel et bien d’autres de mes camarades qui glissaient sur le guévoir. On les voyait prendre leur élan à la file, et partir comme des flèches, les reins pliés et les bras en l’air pour tenir l’équilibre ; on entendait le bruit prolongé de leurs sabots sur la glace et leurs cris de joie.