Comme mon cœur galopait en les voyant ! comme j’aurais voulu pouvoir les rejoindre ! Malheureusement l’oncle Jacob m’attendait alors, et je rentrai la tête pleine de ce joyeux spectacle.
Pendant tout le dîner, l’idée de courir là-bas ne me quitta pas une seconde ; mais je me gardai bien d’en parler à l’oncle, car il me défendait toujours de glisser sur le guévoir à cause des accidents. Enfin il sortit pour aller faire une visite à M. le curé, qui souffrait de ses rhumatismes.
J’attendis qu’il fût entré dans la grande rue, puis je sifflai Scipio, et je me mis à courir jusqu’à la ruelle des Houx, comme un lièvre. Le caniche bondissait derrière moi, et ce n’est que dans la petite allée pleine de neige que nous reprîmes haleine.
Je croyais retrouver tous mes camarades sur le guévoir, mais ils étaient allés dîner ; je ne vis, au tournant de l’église, que les grandes glissades désertes. Il me fallut donc glisser seul, et, comme il faisait froid, au bout d’une demi-heure j’en eus bien assez.
Je reprenais le chemin du village, quand Hans Aden, Frantz Sépel et deux ou trois autres, les joues rouges, le bonnet de coton tiré sur les oreilles et les mains dans les poches, débouchèrent d’entre les haies couvertes de givre.
« Tiens ! c’est toi, Fritzel ! me dit Hans Aden ; tu t’en vas ?
— Oui, je viens de glisser, et l’oncle Jacob ne veut pas que je glisse ; j’aime mieux m’en aller.
— Moi, dit Frantz Sépel, j’ai fendu mon sabot sur la glace ce matin, et mon père l’a raccommodé. Voyez un peu. » Il défit son sabot et nous le montra. Le père Frantz Sépel avait mis une bande de tôle en travers avec quatre gros clous à tête pointue. Cela nous fit rire, et Frantz Sépel s’écria :
« Ça, ce n’est pas commode pour glisser ! Écoutez, allons plutôt en traîneau ; nous monterons sur l’Altenberg, et nous descendrons comme le vent. »
L’idée d’aller en traîneau me parut alors si magnifique, que je me voyais déjà dessus, descendant la côte en trépignant des talons et criant d’une voix qui montait jusqu’aux nuages : «