Et Scipio marchait avec une mine grave étonnante, ses longues oreilles sur les épaules et la queue en trompette. C’était merveilleux ; mon cœur sautait.
Tous les autres, dehors, paraissaient confondus d’admiration.
« Halte ! » s’écria Schmitt, et Scipio s’arrêta.
Alors je ne pensais plus à la schlitte ; j’étais tellement fier des talents de Scipio, que j’aurais voulu courir à la maison, et crier à l’oncle : « Nous avons un chien qui fait l’exercice ! »
Mais Hans Aden, Frantz Sépel et tous les autres, encouragés par la bonne humeur du vieux soldat, étaient entrés, et se tenaient en extase, le dos à la porte et le bonnet sous le bras.
« En place, repos ! » dit le père Schmitt, et Scipio retomba sur ses quatre pattes, en secouant la tête et se grattant la nuque avec une patte de derrière, comme pour dire : « Depuis deux minutes une puce me démange ; mais on n’ose pas se gratter sous les armes ! »
J’étais devenu muet de joie en voyant ces choses, et je n’osais appeler Scipio, de peur de lui faire honte ; mais il vint se ranger de lui-même près de moi, modestement, ce qui me combla de satisfaction ; je me considérais en quelque sorte comme un feld-maréchal à la tête de ses armées ; tous les autres me portaient envie.
Le père Schmitt regardait Scipio d’un air attendri ; on voyait qu’il lui rappelait le bon temps de son régiment.
« Oui, fit-il au bout de quelques instants, c’est un vrai chien de soldat. Mais reste à savoir s’il connaît la politique, car beaucoup de chiens ne savent pas la politique. »
En même temps, il prit un bâton derrière la porte et le mit en travers, en criant :