« Fritzel, me dit alors le père Schmitt, vous avez un chien qui vaut son pesant d’or ; c’est un vrai chien de soldat. » Et, nous regardant tous, il ajouta :
— Puisque vous avez un si bon chien, je vais vous prêter ma schlitte ; mais vous me la ramènerez à cinq heures, et prenez garde de vous casser le cou.
Il sortit avec nous et décrocha son traîneau du hangar.
Mon esprit se partageait alors entre le désir d’aller annoncer à l’oncle les talents extraordinaires de Scipio, ou de descendre l’Altenberg sur notre schlitte. Mais quand je vis Hans Aden, Frantz Sépel, tous les camarades, les uns devant, les autres derrière, pousser et tirer en galopant comme des bienheureux, je ne pus résister au plaisir de me joindre à la bande.
Schmitt nous regardait de sa porte.
« Prenez garde de rouler ! » nous dit-il encore.
Puis il rentra, pendant que nous filions dans la neige. Scipio sautait à côté de nous. Je vous laisse à penser notre joie, nos cris et nos éclats de rire jusqu’au sommet de la côte.
Et quand nous fûmes en haut, Hans Aden devant, les deux mains cramponnées aux patins recourbés, nous autres derrière, assis trois à trois, Scipio au milieu, et que tout à coup la schlitte partit, ondulant dans les ornières et filant par-dessus les rampes : quel enthousiasme !
Ah ! l’on n’est jeune qu’une fois !
Scipio, à peine le traîneau parti, avait passé d’un bond par-dessus nos têtes. Il aimait mieux courir, sauter, aboyer, se rouler dans la neige comme un véritable enfant, que d’aller en schlitte. Mais tout cela ne nous empêchait pas de conserver un grand respect pour ses talents ; chaque fois que nous remontions et qu’il marchait près de nous plein de dignité, l’un ou l’autre se retournait, et, tout en poussant, disait :