« Vous êtes bien heureux, Fritzel, d’avoir un chien pareil ; Schmitt Adam dit qu’il vaut son pesant d’or.
— Oui, mais il n’est pas à eux, criait un autre, il est à la femme. »
Cette idée que le chien était à la femme me rendait tout inquiet, et je pensais : « Pourvu qu’ils restent tous les deux à la maison ! »
Nous continuâmes à monter et à descendre ainsi jusque vers quatre heures. Alors la nuit commençait à se faire, et chacun se rappela notre promesse au père Schmitt. Nous reprîmes donc le chemin du village. En approchant de la demeure du vieux soldat, nous le vîmes debout sur sa porte. Il nous avait entendus rire et causer de loin.
« Vous voilà ! s’écria-t-il ; personne ne s’est fait de mal ?
— Non, père Schmitt.
— A la bonne heure. »
Il remit sa schlitte sous le hangar, et moi, sans dire ni bonjour ni bonsoir, je partis en courant, heureux d’annoncer à l’oncle quel chien nous avions l’honneur de posséder. Cette idée me rendait si content, que j’arrivai chez nous sans m’en apercevoir ; Scipio était sur mes talons.
« Oncle Jacob, m’écriai-je en ouvrant la porte, Scipio connaît l’exercice ! le père Schmitt a vu tout de suite que c’était un véritable chien de soldat ; il l’a fait marcher sur les pattes de derrière comme un grenadier, rien qu’en disant : « Une… deusse ! »
L’oncle lisait derrière le fourneau ; en me voyant si enthousiaste, il déposa son livre au bord de la cheminée et me dit d’un air émerveillé :