« Est-ce bien possible, Fritzel ? Comment !… comment !…
— Oui ! m’écriai-je, et il sait aussi la politique : il saute pour la République, pour le général Hoche, mais il ne veut pas sauter pour le roi de Prusse. »
L’oncle alors se mit à rire, et, regardant la femme, qui souriait aussi dans l’alcôve, le coude sur l’oreiller :
« Madame Thérèse, dit-il d’un ton grave, vous ne m’aviez pas encore parlé des beaux talents de votre chien. Est-il bien vrai que Scipio sache tant de belles choses ?
— C’est vrai, monsieur le docteur, dit-elle en caressant le caniche qui s’était approché du lit et qui lui tendait la tête d’un air joyeux ; oui, il sait tout cela, c’était l’amusement du bataillon ; Petit-Jean lui montrait tous les jours quelque chose de nouveau. N’est-ce pas, mon pauvre Scipio, tu jouais à la drogue, tu remuais les dés pour la bonne chance, tu battais la diane ? Combien de fois notre père et les deux aînés, à la grande halte, ne se sont-ils pas réjouis de te voir monter la garde ? Tu faisais rire tout notre monde par ton air grave et tes talents ; on oubliait les fatigues de la route autour de toi, on riait de bon cœur ! »
Elle disait ces choses, tout attendrie, d’une voix douce, en souriant un peu tout de même. Scipio avait fini par se dresser, les pattes au bord du lit, pour entendre son éloge.
Mais l’oncle Jacob, voyant que madame Thérèse s’attendrissait de plus en plus à ces souvenirs, ce qui pouvait lui faire du mal, me dit :
« Je suis bien content, Fritzel, d’apprendre que Scipio sache faire l’exercice et qu’il connaisse la politique ; mais toi, qu’as-tu fait depuis midi ?
— Nous avons été en traîneau sur l’Altenberg, oncle ; le père Adam nous a prêté sa schlitte.
— C’est très bien. Mais tous ces événements nous ont fait oublier M. de Buffon et Klopstock ; si cela continue, Scipio en saura bientôt plus que toi. »