En même temps il se leva, prit dans l’armoire l’Histoire naturelle de M. de Buffon, et posant la chandelle sur la table :
« Allons Fritzel, me dit-il, souriant en lui-même de ma mine longue, car je me repentais d’être revenu si tôt, allons ! »
Il s’assit et me fit asseoir sur ses genoux.
Cela me parut bien amer, de me remettre à M. de Buffon après huit jours de bon temps ; mais l’oncle avait une patience qui me forçait d’en avoir aussi, et nous commençâmes la leçon de français.
Cela dura bien une heure, jusqu’au moment où Lisbeth vint mettre la nappe. Alors, en nous retournant, nous vîmes que madame Thérèse s’était assoupie. L’oncle ferma le livre et tira les rideaux, pendant que Lisbeth plaçait les couverts.
CHAPITRE IX
Ce même soir, après le souper, l’oncle Jacob fumait sa pipe en silence derrière le fourneau. Moi, je séchais le bas de mon pantalon, assis devant la petite porte de tôle, la tête de Scipio entre les genoux, et je regardais le reflet rouge de la flamme avancer et reculer sur le plancher. Lisbeth avait emporté la chandelle selon son habitude ; nous étions dans l’obscurité ; le feu bourdonnait comme au temps des grands froids, la pendule marchait lentement, et dehors, dans la cuisine, nous entendions la vieille servante laver les assiettes sur l’évier.
Que d’idées me passaient alors par la tête ! Tantôt je songeais au soldat mort dans la grange de Réebock, au coq noir de la lucarne ; tantôt au père Schmitt faisant faire l’exercice à Scipio ; puis à l’Altenberg, à la descente de notre traîneau. Tout cela me revenait comme un rêve ; les sifflements plaintifs du feu me paraissaient être la musique de ces souvenirs, et je sentais tout doucement mes yeux se fermer.
Cela durait depuis environ une demi-heure lorsque je fus réveillé par un bruit de sabots dans l’allée ; en même temps, la porte s’ouvrit, et la voix joyeuse du mauser dit dans la chambre :
« De la neige, monsieur le docteur, de la neige ! Elle recommence à tomber, nous en avons encore pour toute la nuit. »