Il paraît que l’oncle avait fini par s’assoupir, car seulement au bout d’un instant, je l’entendis se remuer et répondre :

« Que voulez-vous, mauser, c’est la saison ; il faut s’attendre à cela maintenant. »

Puis il se leva et alla dans la cuisine chercher de la lumière.

Le mauser s’approchait dans l’ombre.

« Tiens ! Fritzel est là ! dit-il. Tu n’as donc pas encore sommeil ? »

L’oncle rentrait.

Je tournai la tête, et je vis que le mauser avait ses habits d’hiver : son vieux bonnet de martre, la queue râpée pendant sur le dos, sa veste en peau de chèvre, le poil en dedans, son gilet rouge, les poches ballottant sur les cuisses, et sa vieille culotte de velours brun, ornée de pièces aux genoux. Il souriait, en plissant ses petits yeux, et tenait quelque chose sous le bras.

« Vous venez pour la gazette, mauser ? dit l’oncle. Elle n’est pas arrivée ce matin, le messager est en retard.

— Non, monsieur le docteur, non ; je viens pour autre chose. »

Il déposa sur la table un vieux livre carré, à couvercle de bois d’au moins trois lignes d’épaisseur, et tout couvert de larges pattes en cuivre représentant des feuilles de vigne ; les tranches étaient toutes noires et graisseuses à force de vieillesse, et de chaque page sortaient des cordons et des ficelles pour marquer les bons endroits.