« Ça, ce sont les rois et les empereurs qui s’avancent au milieu de leurs armées, et qui dévorent tout dans les pays qu’ils traversent. Nous connaissons malheureusement ces choses pour les avoir vues ; notre pauvre village s’en souviendra longtemps.
Et comme l’oncle ne répondait pas, il reprit :
« En ce temps-là, malheur au pasteur du néant qui abandonnera son troupeau ; l’épée tombera de son bras et son œil droit sera entièrement obscurci. » Nous voyons, par ces mots, l’évêque de Mayence, avec sa nourrice et ses cinq maîtresses, qui s’est sauvé l’année dernière, à l’arrivée du général Custine. C’était un vrai pasteur du néant, qui faisait le scandale de tout le pays : son bras s’est desséché et son œil droit s’est obscurci.
— Mais, dit l’oncle, songez donc, mauser, que cet évêque n’était pas le seul, et qu’il y en avait beaucoup ayant la même conduite, en Allemagne, en France, en Italie et dans tout le monde.
— Raison de plus, monsieur le docteur, répondit le taupier, le livre parle pour toute la terre, « car », fit-il, le doigt appuyé sur la page, « car, en ce temps-là, dit l’Éternel, j’ôterai du monde les faux prophètes, les faiseurs de miracles et l’esprit d’impureté ». Qu’est-ce que cela peut signifier, docteur Jacob, sinon tous ces hommes qui parlent sans cesse d’amour du prochain, pour obtenir notre argent ; qui ne croient à rien, et nous menacent de l’enfer ; qui s’habillent de pourpre et d’or, et nous prêchent l’humilité ; qui disent : « Vendez tous vos biens pour suivre le Christ ! » et ne font qu’entasser richesses sur richesses dans leurs palais et leurs couvents ; qui nous recommandent la foi et rient entre eux des simples qui les écoutent ?… — N’est-ce pas l’esprit d’impureté ?
— Oui, dit l’oncle, c’est abominable.
— Eh bien, c’est pour eux, c’est pour tous les mauvais pasteurs, que ces choses sont écrites », dit le taupier.
Puis il reprit :
« En ce temps-là, il y aura aux montagnes le bruit d’une multitude, tel que celui d’un grand peuple qui se lève, un bruit de nation assemblée. C’est pourquoi les peuples d’alentour écouteront, et tout cœur d’homme se fondra. Et les orgueilleux seront éperdus ; le monde sera en travail comme celle qui enfante ; les bons se regarderont avec des visages enflammés ; ils entendront pour la première fois parler de grandes choses ; ils sauront que tous sont égaux à la face de l’Éternel, que tous sont nés pour la justice, comme les arbres des forêts pour la lumière ! »
« Est-ce bien écrit cela, mauser ? demanda l’oncle.