— Oui, docteur Jacob, ne craignez rien. »
Il entra, en souriant :
« La gazette n’est pas arrivée ce matin ? dit-il.
— Non, mais nous n’en avons pas besoin, répondit l’oncle d’un accent de bonne humeur un peu comique. Nous avons le livre du mauser, qui raconte le présent, le passé et l’avenir.
— Est-ce qu’il raconte aussi notre victoire ? » demanda Koffel en se rapprochant du fourneau.
L’oncle et le mauser se regardèrent étonnés.
« Quelle victoire ? fit le mauser.
— Hé ! celle d’avant-hier, à Kaiserslautern. On ne parle que de cela dans tout le village ; c’est Richter, M. Richter qui est revenu de là-bas, vers deux heures, apporter la nouvelle. Au Cruchon-d’Or, on a déjà vidé plus de cinquante bouteilles en l’honneur des Prussiens ; les Républicains sont en pleine déroute !
A peine eut-il parlé des Républicains, que nous regardâmes du côté de l’alcôve, songeant que la Française était là et qu’elle nous entendait. Cela nous fit de la peine, car c’était une brave femme, et nous pensions que cette nouvelle pouvait lui causer beaucoup de mal. L’oncle leva la main, en hochant la tête d’un air désolé ; puis il se leva doucement et entrouvrit les rideaux pour voir si madame Thérèse dormait.
« C’est vous, monsieur le docteur, dit-elle aussitôt ; depuis une heure j’écoute les prédictions du mauser, j’ai tout entendu.