La chambre dans laquelle ils pénétrèrent était située au troisième étage de la maison. C'était une vaste pièce démeublée et garnie seulement d'une table et de quelques chaises. Les chaises étaient en paille grossière, et, sur la table, on voyait une grande quantité de bouteilles et de verres à moitié vides. Un fusil, une paire de pistolets, un sabre d'infanterie et un autre de cavalerie étaient suspendus à la muraille. Deux fenêtres basses et à châssis de bois dits à la guillotine, laissaient pénétrer le jour qui commençait à baisser. Une seconde porte, communiquant avec une autre pièce, était placée en regard de celle d'entrée.
Pinard et son compagnon prirent chacun une chaise et s'approchèrent de la table.
—As-tu soif? demanda le sans-culotte.
—Cela dépend du vin que tu as dans ta cave, répondit Diégo.
—Oh! sois sans crainte; il provient des celliers d'un aristocrate de gros armateur que j'ai fait guillotiner il y a six semaines. Les premiers crus de Bordeaux, rien que cela.
—Du vin girondin!
—Il vaut mieux que les députés de son pays.
—Fais-m'en goûter, alors.
—Ohé! la Bretonne! cria Pinard en se tournant vers la porte qui donnait dans l'intérieur.
Un bruit léger répondit à cette interpellation prononcée d'une voix rude. La porte s'ouvrit doucement, et une jeune fille parut timidement sur le seuil.