—Yvonne! lui dit-il avec une sorte de précaution tendre.
La jeune fille tourna la tête de son côté, et fixa sur l'Italien ses grands yeux ouverts dont les regards vagues semblaient avoir perdu le don de la vue.
—Yvonne! répéta Diégo, veux-tu me répondre?
La Bretonne ne parut pas avoir entendu. Toute son attention était captivée par un énorme paquet de breloques qui, suivant la mode du temps, pendait au bout de la chaîne de montre de l'ami de Pinard.
—Quand je te dis qu'elle ne comprend que cela! dit le sans-culotte en désignant toujours la corde et en haussant les épaules avec mépris.
—Voyons! continua Diégo, écoute-moi, petite; je ne te ferai pas de mal, je ne veux pas te battre, moi!
—Bien vrai? fit Yvonne en relevant la tête.
—Non, je veux avoir soin de toi, au contraire.
Cette fois encore, Yvonne ne parut pas comprendre et ses yeux se reportèrent sur les breloques qui semblaient uniquement occuper sa pensée. Elle les toucha d'abord du doigt, timidement, craintivement; puis s'enhardissant peu à peu, elle les prit dans sa main, et se baissa pour les contempler de plus près, les examinant attentivement une à une. Diégo sourit, et pour satisfaire le caprice de la pauvre folle, il tira sa montre de son gousset, et la donna à la jeune fille. Celle-ci poussa alors une exclamation joyeuse.
—Tu vas la gâter! s'écria Pinard avec emportement. Il faudra que je recommence à la battre pour la ramener dans la bonne voie.