—Alors, adieu nos beaux projets!
L'Italien ne répondit pas, mais un nuage sombre était descendu sur son front et il paraissait méditer profondément; son œil même se détourna du corps de la pauvre Bretonne.
Pinard vida un nouveau verre et continua:
—Songe que tout nous a réussi jusqu'ici. Carrier a cru bonnes les signatures que j'ai su imiter; il pense agir en vertu d'ordres émanant de Robespierre; il te prend pour un envoyé du Comité de salut public; bref, il obéit et il marche à la baguette. Nous ne pouvions désirer mieux. Mais maintenant que tu as été contraint de lui livrer une partie de notre secret concernant la fortune du marquis, il serait homme, sais-tu bien, à nous faire disparaître pour la confisquer tout entière à son profit et ne plus avoir à partager avec nous. Or, s'il se doutait de la vérité, la chose lui serait facile et nous serions guillotinés ce soir même. Enfin, mon cher, j'ajouterai encore que je puis disposer d'Yvonne à mon gré, et je t'engage à réfléchir aussi que ta vie est entre mes mains.
—Comment cela?
—Tu as joué au noble, jadis. Si je t'appelais tout haut monsieur le comte de Fougueray, tu pourrais la danser, mon cher!
—Oui, mais tu perdrais un million à ce jeu-là. Sans moi, tu ne pourrais rien tirer du marquis, et je ne suis pas assez bête pour te livrer mon secret. Moi mort, adieu tes rêves d'ambition et le moyen de les réaliser jamais.
—Eh! je le sais bien! Tu me tiens par l'intérêt! dit Pinard avec cynisme.
—Parbleu! si la chose n'était pas ainsi, crois-tu que j'aurais été me mettre dans tes griffes? Tu as été témoin de mon aplomb auprès de Carrier, et pour agacer le tigre dans son antre il faut avoir du courage, tu en conviendras?
—Je ne dis pas non.