La porte s'ouvrit et Pinard parut sur le seuil. Il était seul. A peine fut-il entré qu'Yvonne courut à lui. La nuit était venue peu à peu, et l'obscurité était complète. La jeune fille saisit les mains du sans-culotte:
—C'est toi? dit-elle doucement; c'est toi? Tu es venu bien tard!
—Tiens! tiens! tiens! pensa Pinard, nous sommes donc dans un moment d'amabilité! Au fait! elle est gentille, la petite.
Et le misérable, passant son bras autour de la taille d'Yvonne, l'embrassa familièrement.
—C'est mal; tu m'as surprise, fit Yvonne en se reculant. Je t'avais défendu de m'embrasser. Si mon père nous voyait!
—Mais il ne nous voit pas! répondit Pinard en ricanant.
Yvonne poussa un cri.
—Ce n'est pas Jahoua! dit-elle vivement. Mon Dieu! qui donc est ici?
—Eh! c'est moi, parbleu! s'écria le sans-culotte. Allons, viens ici. Je me sens en gaieté ce soir. Nous allons rire un peu, et, si tu es sage, je te conduirai à souper chez Carrier. Bonne idée, tout de même! continua Pinard. Je ne sais pas pourquoi elle ne m'est pas venue plus tôt. Ça les fera enrager tous ces gueux-là, qui croient que je ne peux pas être adoré comme les autres, parce que, jusqu'ici, ces aristocrates des prisons ont mieux aimé mourir que d'être gentilles avec moi. On leur montrera qu'on a une maîtresse qui vaut bien les leurs! Allons, la Bretonne. Tu vas mettre les beaux atours que j'ai rapportés avant-hier. C'est une robe d'aristocrate; ça t'ira!
Yvonne, en reconnaissant la voix de son bourreau, s'était mise à trembler. Se reculant peu à peu, elle avait été se blottir dans un des angles de la pièce. Pinard l'appelait en vain; elle ne bougeait pas.