Le marin le remercia du geste et disparut. Boishardy et la marquise demeurèrent seuls. Le gentilhomme jetait malgré lui ses regards sur le vêtement de la religieuse; Julie s'en aperçut.

—Vous regardez mon habit monastique, dit-elle, et vous vous étonnez que je sois restée fidèle à mes vœux dans ces temps où chacun n'a plus le respect de ses serments?

—Non, madame, répondit Boishardy, je ne m'étonne pas, mais j'admire.

—Puis, après un léger silence, il reprit:

—Si nous délivrons Philippe, ne consentirez-vous pas à reparaître dans le monde?

—Peut-être! fit la religieuse en détournant la tête.

Boishardy n'insista pas; il avait lu les manuscrits que lui avait confiés Marcof; il connaissait l'histoire entière des douleurs de la pauvre femme, et sa délicatesse l'empêchait d'insister sur un semblable sujet.

Il se disposait même à se retirer à son tour, car Julie semblait absorbée dans des réflexions pénibles, lorsqu'un léger tressaillement du navire fit chanceler les objets mobiles qui ornaient la chambre.

—Nous prenons la mer? dit-il.

—Oui, répondit la religieuse; et demain soir vous serez à Nantes. Que Dieu vous accompagne! Moi je vais prier tout le jour! Malheureusement, hélas! c'est là toute la part que je puis prendre à cette entreprise.