—J'espérerai tant que je n'aurai pas acquis une certitude.
—Pauvre enfant! soupira le marin.
—J'ai fouillé toutes les villes de Bretagne, excepté Nantes, continua Keinec; peut-être Yvonne y est-elle?
—Qu'est-ce qu'Yvonne? demanda Boishardy.
—Celle que j'aime, monsieur le comte.
—Au fait, Boishardy ne connaît pas cette histoire, ajouta Marcof. Raconte-la-lui, Keinec; elle l'intéressera, et peut-être te donnera-t-il d'excellents conseils.
—Parle, mon gars, fit affectueusement le chef royaliste en écartant un peu son cheval pour que Keinec pût s'approcher.
Le jeune homme poussa sa monture entre celles des deux cavaliers, puis il réfléchit quelques instants. Enfin, dans ce style d'une rusticité sauvage mais pleine de poésie qui n'appartient qu'au paysan breton, il entama la légende de ses amours et de celles de Jahoua. Keinec s'animait en parlant; au souvenir d'Yvonne enlevée par Diégo, des larmes de rage sillonnèrent son visage; son poing crispé meurtrissait le pommeau de sa selle, et, par une contraction des muscles, il étreignit si vivement son cheval que le pauvre animal poussa un hennissement de douleur.
En entendant prononcer les noms du chevalier de Tessy et du comte de Fougueray, Boishardy échangea un regard rapide avec Marcof.
—Ce sont les mêmes, n'est-ce pas? lui demanda-t-il.