La guillotine là-bas
Fait toujours merveille!
Le tranchant ne mollit pas,
La loi frappe et veille.
Mais quand viendra-t-elle ici
Travailler en raccourci?
Cette guillotine, ô gué?
Cette guillotine.
Bertrand cependant paraissait ne pas partager l'admiration générale dont son antagoniste était l'objet. Il se mit à rire en se moquant de Pichet qui se promenait les mains derrière le dos, et peut-être la querelle, pour avoir changé d'objet, allait se rallumer non moins vive, lorsque des pas de chevaux retentirent sur la route. Au même instant, le canon résonna vigoureusement du côté de Nantes, et au bruit du canon se mêla celui d'une vive fusillade. Les enfants, dont l'attention se trouva attirée par ce double fait, se mirent à courir du côté des cavaliers d'abord. Le bruit du canon les charmait moins sans doute que la vue des chevaux et des voyageurs.
Trois hommes, en effet, débouchaient dans le faubourg se dirigeant vers la ville. Ces trois hommes portaient le costume complet des patriotes de l'époque: carmagnole bleue de tyran, pantalons courts, ceinture rouge, sabots garnis de paille, bonnet de la liberté enfoncé sur la tête et descendant jusqu'aux yeux. Ils marchaient au pas de leurs chevaux côtoyant les rives de l'Erdre.
Boishardy, Marcof et Keinec, semblaient méconnaissables sous ces habits nouveaux. Les deux premiers surtout affectaient les allures des sans-culottes avec une perfection d'imitation peu commune. Keinec seul ne se donnait pas la peine de changer de manières. En entendant le bruit de la canonnade et de la mousqueterie, les cavaliers se regardèrent étonnés et inquiets.
—Qu'est-ce que cela? s'écria Boishardy.
—Se battrait-on à Nantes? murmura Marcof.
—Pas possible!
—Cependant c'est bien le bruit du canon.
—Sans doute.
—Avançons toujours!