—Êtes-vous fou? répondit le chef royaliste. Vous avez failli nous perdre! Songez que ces enfants sont plus dangereux encore que les hommes par le temps qui court. On arrête vite, et une dénonciation est bientôt faite.

—Vous avez agi sagement, Boishardy, car en entendant les atroces paroles de ce petit drôle, le sang me montait à la gorge, et j'allais faire passer mon cheval sur ce fils de bourreau, apprenti bourreau lui-même.

—Mettons nos chevaux au pas et calmez-vous un peu. Attendons la nuit, si vous le voulez, pour entrer dans la ville; elle ne tardera pas.

Marcof ne répondit pas, mais il arrêta l'élan de sa monture. Un quart d'heure ne s'était pas écoulé que le crépuscule du soir jetait son voile de brouillard sur la vieille cité bretonne. Les trois voyageurs continuèrent leur route en suivant toujours les rives de l'Erdre. Bientôt ils atteignirent la ville. Tout à coup le cheval de Boishardy s'arrêta net et pointa. Celui de Marcof poussa un hennissement et se jeta de côté.

—Qu'est-ce que cela? dit le chef royaliste en corrigeant vertement sa monture.

Mais l'animal refusa d'avancer. La nuit sombre et brumeuse empêchait de distinguer devant soi. Keinec s'élança à terre.

—Un cadavre! dit-il.

—En voici un second! continua Marcof.

—Et un troisième, ajouta Boishardy. C'est ici comme c'était ce matin sur la Loire, à ce qu'il paraît. Du sang, toujours du sang et rien que du sang!

—Nous sommes sur la place du Département, répondit le marin d'une voix frémissante.