—Tournons bride alors; j'en ai assez!

Mais il était déjà trop tard; la foule bouchait toutes les issues.

—Allons, reprit le chef royaliste, il faut faire contre fortune bon cœur.... Assistons à ces nouvelles infamies; mais, pour Dieu! souvenons-nous de Philippe, et quoi que nous puissions voir, ne commettons point d'imprudence.

—Vous avez raison toujours, Boishardy, répondit Marcof à voix basse; la dernière fois que je suis venu dans cette ville maudite, c'était en plein jour, on guillotinait comme on le fait aujourd'hui, et la première tête que je vis rouler, fut celle du baron de Saint-Vallier, auquel j'avais serré la main deux semaines plus tôt. Oh! il nous faut faire provision de force et de résignation, si nous devons demeurer calmes spectateurs.

—Philippe sera notre sauvegarde; seulement, prévenez Keinec; je crains la colère du pauvre gars.

Marcof se retourna vers le jeune homme, et lui ordonna de ne pas laisser échapper une seule exclamation qui décelât son indignation. Keinec fit un signe qui indiquait sa promesse d'obéissance, mais il ne parla point. Depuis qu'il avait raconté l'histoire de ses amours, il était devenu plus sombre encore et plus taciturne que par le passé. Une seule pensée l'absorbait, c'était celle de trouver Yvonne. En ce moment, des cris de joie retentirent dans la foule, et l'on vit une ondulation se produire dans la direction de l'échafaud.

—Ah! s'écria un sans-culotte en indiquant de la main le fatal convoi dont on apercevait la première charrette, dominant les têtes amoncelées de la foule, ah! voici la «bière roulante!»

—Les aristocrates vont mettre «la tête à la chatière!» ajouta un autre.

—Et ce soir, ils seront en «terre libre!» (au cimetière.)

—Eh! Chaux! tu vas voir quelle mine ils feront au vasistas!