—Eh bien! son nom ne s'y trouve pas!

—Bon espoir, alors!

—Oui; mais il n'y a là-dessus que les noms des guillotinés et pas ceux dont nous avons heurté les cadavres.

—N'importe! espérons toujours. Ah! nous voici arrivés au bout de la rue. Tournons-nous à droite ou à gauche?

—A gauche; cette petite ruelle nous mènera, je le crois, au Bouffay, et ce n'est que là que nous pourrons obtenir quelques renseignements sur Philippe, si toutefois nous parvenons à en avoir.

—A qui nous adresserons-nous?

—Le sais-je? Mais grâce à nos costumes et aux cartes de civisme que je me suis procurées à Saint-Étienne, nous pourrons interroger sans trop éveiller les soupçons.

Les trois amis continuèrent donc leur route; on eût dit qu'un démon attaché à leur suite, se faisait un malin plaisir de les contraindre à assister en une seule soirée à toutes les horreurs qui ensanglantaient Nantes. La nouvelle rue qu'ils avaient prise les conduisit au Bouffay, ainsi que le pensait le marin; mais là les attendait une terrible épreuve. Une grande affluence de monde se pressait aux abords de la place, au milieu de laquelle se dressait la guillotine, et une foule immense l'encombrait déjà lorsque Marcof, Boishardy et Keinec y pénétrèrent. Des myriades de torches de résine jetaient une lueur blafarde sur le sombre échafaud, et augmentaient encore ce que son aspect avait de lugubre.

—On tue encore ici? murmura Boishardy.

—On tue partout à Nantes! répondit Marcof.