—Si nous prévenions Pinard, tout de même?
—Eh non! encore une fois! nous sommes assez. Après les déportations, nous les conduirons chez Nicoud, sur les quais, et nous verrons la couleur des louis qu'ils ont dans leurs poches.
—Les v'là! fit Spartacus en baissant la voix.
En effet, les trois hommes se dirigeaient à pied vers le groupe de sans-culottes. Tous trois, en guise de sabre, portaient une hache d'abordage accrochée à leur ceinture rouge. Brutus prit familièrement le bras de Boishardy, et ils ouvrirent la marche, suivant le flot de la foule qui les entraînait dans la direction de la Loire. Ils arrivèrent ainsi jusqu'à une haie de soldats qui formaient leurs rangs de chaque côté du grand escalier du Bouffay.
—V'là le défilé qui commence. Attention! hurla Brutus.
[XVI]
[LES NOYADES]
Des prisonniers descendaient les marches de l'escalier. Les malheureux ignoraient où on les conduisait. Plusieurs rêvaient la liberté et croyaient à une déportation à l'étranger; presque tous étaient demi-nus. Ils marchaient par couple de deux personnes: un homme et une femme, une jeune fille et un jeune garçon, étroitement liés ensemble.
Carrier appelait cela «les mariages républicains.» On entendait des gémissements sourds et des prières interrompues, des cris d'enfants et des pleurs de femmes. Des torches, agitées au milieu des piques et des baïonnettes, éclairaient ce désolant spectacle.