—Qui l'a rendu?
—Grandmaison.
—Et quoi qui dit, ce décret?
—Il dit qu'on «incarcérera tous ceux qui ont voulu empêcher ou entraver le cours de la justice révolutionnaire en sollicitant pour leurs parents et amis qui sont à l'entrepôt» (historique).
—Fameux! fameux! nous allons avoir de la besogne!
Pendant ce temps, les prisonniers descendaient toujours.
On voyait des femmes tenant dans leurs bras des enfants à la mamelle; de temps en temps quelques-unes de ces malheureuses criaient avec désespoir:
—Une mère!... une mère pour mon pauvre enfant.
Quelquefois deux mains charitables s'avançaient entre les baïonnettes, la mère jetait son fils ou sa fille et continuait sa marche, sans savoir seulement à qui elle avait légué son enfant. Enfin les derniers parurent, et la haie des soldats se referma sur eux. Marcof, Boishardy et Keinec frémissaient d'horreur. Brutus et ses amis les entraînèrent à la suite du cortège qui se dirigeait sur les quais. Chemin faisant, Brutus leur expliqua en détail ce que c'était que les déportations verticales. Le misérable égayait ses discours de quolibets et de jeux de mots; il revendiqua même l'honneur d'avoir, avec Pinard et Chaux, présenté à Carrier la motion concernant les exécutions de la place du Département.
—Au reste, dit-il en parlant des noyades, la Convention a approuvé les idées du citoyen représentant; et la preuve, c'est qu'elle lui a expédié un envoyé du Comité de salut public.