La foule, avide d'exécutions, s'écoulait lentement devant eux, regrettant que la fête fût déjà terminée, et ne se consolant qu'en pensant que le jour suivant en apporterait une nouvelle. Les chansons sanguinaires, les appellations triviales, les interpellations cyniques se croisaient dans l'air.
Un moment Marcof et ses amis se crurent transportés en dehors du monde réel. Il leur semblait assister à un horrible cauchemar, à l'un de ces rêves fantastiques où l'imagination délirante et exaltée par la fièvre se forge à plaisir les monstruosités les plus invraisemblables. Marcof se rappelait les Calabres, et il se demandait ce qu'étaient ces hommes qu'il coudoyait, comparativement à ces brigands repoussés par tous. Enfin, la conscience de la situation présente revint à chacun.
—Et maintenant, dit Brutus, allons boire!
La petite troupe se remit en route. Marcof et Keinec s'étaient rapprochés l'un de l'autre, ou, pour mieux dire, ne s'étaient pas quittés depuis les noyades.
—Keinec? dit le marin à voix basse.
—Que veux-tu?
—Ils sont sept avec nous, n'est-ce pas?
—Oui.
—J'ai dans l'idée qu'aucun ne verra le jour se lever demain matin; qu'en penses-tu?
—Je pense comme toi, Marcof!