—Eh bien?
—Eh bien quoi?
—Est-ce qu'on se donne la peine de prendre les noms de tous ces gueux-là? On les tire de l'entrepôt par fournées, au hasard. Les uns ont la chance de la baignade, les autres celle de la mitraillade, voilà!
—Mais on ne les juge donc pas?
—Est-ce qu'on a le temps! D'ailleurs, pourquoi les juger, ne sont-ils pas tous coupables?
—Ah ça! dit Brutus en prenant un siège, qu'est-ce que ça te fait à toi, qu'on les juge ou non, qu'on dresse des listes ou qu'on n'en dresse pas? Tu as donc intérêt à savoir les noms des aristocrates qui restent, que tu demandes ceux des brigands qui s'en vont?
—C'est possible, répondit Marcof; j'ai connu du monde jadis à Nantes, et j'aurais voulu savoir si ceux que je connaissais étaient morts ou vivants.
—Carrier lui-même ne pourrait pas te répondre. Il n'en sait rien. Faudrait fouiller les prisons pour connaître ceux qui y sont encore.
—Mais ce délégué de Paris dont tu me parlais, ne pourrait-il pas me renseigner, lui?
—Le citoyen Fougueray?