—Bah! tu n'en parleras même plus, ajouta Marcof; car nous t'en livrerons deux au lieu d'un.
—Comment s'appelle le second?
—Marcof le Malouin.
—Celui qui nous a enlevé une partie des prisonniers que les soldats nous amenaient de Saint-Nazaire?
—Lui-même.
—Oh! s'écria Brutus, Carrier a dit que s'il tenait celui-là, il donnerait deux mille livres de plus.
—Et il fera bien, car il en vaut la peine! répondit le marin. Marcof a dit qu'il tuerait Carrier et qu'il ferait pendre par les pieds au bout des vergues de son navire tous les misérables qui composent la compagnie Marat. Il a dit que les sans-culottes comme toi et tes amis étaient des galériens en rupture de ban. Il a dit qu'il égorgerait à son tour les égorgeurs de Nantes. Et tout ce qu'il dit, il a l'habitude de le faire. Ah! continua Marcof en donnant enfin libre cours à sa fureur, ah! vous avez pensé que nous étions des négociants faciles à rançonner! Ah! vous avez supposé que sept bandits de votre espèce, sept misérables tirés de la fange des égouts sanglants feraient reculer trois hommes de cœur! Nous vous avons promis de vous livrer deux chefs royalistes. Eh bien! nous vous les livrons. A vous à les prendre maintenant! Voici M. de Boishardy, et moi je suis celui qui ai défait vos bandes sur la route de Saint-Nazaire, celui à propos duquel Carrier augmente le prix du sang; je suis Marcof le Malouin! Vive le roi!
—Vive le roi! répétèrent Boishardy et Keinec.
Un moment d'hésitation suivit ces paroles. Les sans-culottes, stupéfiés de l'audace des chouans, reculèrent. Mais, réfléchissant bientôt qu'ils étaient sept contre trois, ils mirent le sabre à la main. Quelques-uns étaient armés de piques. D'autres préparaient leurs pistolets. Brutus, toujours entre la porte de sortie et les hommes qui emplissaient la salle, demeurait indécis. Keinec bondit sur lui et, le saisissant à la gorge, l'envoya rouler sous la table.
—Tu m'appartiens! cria le jeune homme en brandissant son arme, et j'ai fait vœu de laver ma hache rougie dans le sang de tes victimes.