—Comment cela? demandèrent les deux hommes.
—Je vous l'expliquerai plus tard, messieurs; mais d'abord à cheval et piquons! Il y va de notre salut.
—Que s'est-il donc passé?
—Vous le saurez. A cheval! à cheval!
L'accent avec lequel Keinec prononça ces paroles était tellement pressant, que toute hésitation devenait impossible. Puis les deux chefs savaient le jeune homme trop brave pour s'effrayer d'un danger vulgaire. Ils sautèrent donc lestement en selle.
—Regardez! fit Keinec en se retournant.
Les rayons de la lune glissant sous un nuage percèrent en ce moment l'opacité du brouillard, et éclairèrent d'une lueur pâle une partie du quai. Marcof et Boishardy, imitant le mouvement de leur compagnon, purent alors distinguer au loin des piques et des baïonnettes qui s'avançaient en silence. Les cavaliers rendirent la main et les chevaux partirent. Grâce au foin qui entourait les sabots de leurs montures, le bruit du galop s'amortissait de telle sorte qu'il était évident qu'il serait absorbé par celui que faisaient les pas des sans-culottes.
—Nous sommes donc découverts? demanda Marcof.
—Oui, répondit Keinec.
—Tu en es sûr? ajouta Boishardy.