Marcof l'interrompit en lui saisissant la main:
—Entendez-vous? dit-il.
—Oui, oui... j'entends, cette fois, répondit Boishardy. Qui diable est cela? On dirait le roulement d'une voiture, et l'on ne distingue pas le bruit des chevaux.
—Attention! il me semble voir quelque chose se remuer dans la brume. N'apercevez-vous rien?
—Si fait! je vois une masse confuse qui s'avance rapidement vers nous!
Boishardy et Marcof saisirent leurs pistolets qu'ils armèrent, et se tinrent préparés en silence à l'événement qui menaçait. Le gentilhomme et le marin ne s'étaient pas trompés: un bruit sourd devenant de plus en plus distinct retentissait sur le quai dans la direction de la ville, et une ombre arrivait effectivement sur eux avec une rapidité véritablement fantastique, car cette ombre épaisse et noire courait sur la terre sans faire entendre autre chose qu'un roulement indescriptible et presque insaisissable. Enfin elle arriva devant la porte de l'auberge, et s'arrêta brusquement.
—Les chevaux! s'écria Marcof.
C'était en effet Keinec conduisant les trois animaux.
—Tu leur as donc enveloppé les fers avec du foin? demanda Boishardy en voyant le jeune homme s'élancer à terre.
—Oui, répondit Keinec; c'est cette précaution qui m'a retardé, et il est heureux que j'aie employé mon temps à la prendre, sans elle nous étions perdus.