—Non plus.
—Qu'entendez-vous donc alors?
—Je ne sais... quelque chose de confus que je ne puis définir.
—Allons sur le quai.
Les deux hommes traversèrent la cour et gagnèrent l'ouverture située sur la rive du fleuve. L'obscurité était profonde et rendue plus épaisse encore par le brouillard qui s'élevait de la Loire, et qui, couvrant le faubourg, interposait son opacité entre les regards des deux amis et l'horizon qu'ils s'efforçaient d'interroger.
Le froid, dont la bise soufflant du nord augmentait l'intensité, était devenu très vif. De bruyantes rafales faisaient courber les têtes dénudées des grands arbres plantés sur le quai, et sifflaient aigrement dans leurs branchages noirs. Marcof écoutait toujours avec une attention profonde; mais par suite d'un phénomène assez commun, le brouillard humide empêchait la perception du son, et ce n'était que lorsque le vent, chassant devant lui la brume, établissait un courant entre la ville et le faubourg, que le marin pouvait saisir ce bruit vague et indescriptible qui avait éveillé sa vigilance. Boishardy n'entendait rien et affirmait à son compagnon qu'il s'était trompé.
—Ce sont les feuilles mortes tourbillonnant sur nos têtes qui causent par leur froissement ce bruit mystérieux qui vous inquiète, dit-il à voix basse.
Marcof lui fit signe de garder le silence et se pencha en avant.
—Encore une fois, dit-il, je vous affirme que je ne suis pas le jouet d'une illusion.
—Alors, fit Boishardy avec résolution, tenons-nous sur nos gardes! Au diable ce brouillard qui vient de s'élever et qui nous dérobe les rayons de la lune! La nuit est tellement noire que l'on ne peut distinguer à deux pas devant soi....