—Je l'ai vu.
—Et tu ne l'as pas tué?
—Je me serais fait massacrer sans pouvoir vous prévenir. Mais vous ne savez pas tout: Carfor a changé de nom; il se nomme aujourd'hui Pinard.
—Pinard! s'écria Boishardy à son tour; Pinard, l'infâme satellite de Carrier, le lieutenant de ses crimes, l'aide du bourreau! Parle vite, Keinec; dis-nous ce que tu sais, ce que tu as appris. Nous sommes à l'abri ici, et les misérables égorgeurs atteignent à peine le seuil de l'auberge.
Keinec raconta brièvement ce qu'il avait vu et entendu au cabaret du Rasoir national. Quant il eut achevé son récit, Marcof sauta à bas de son cheval.
—Descends! dit-il à Keinec.
Keinec obéit.
—Vous, Boishardy, continua le marin, vous allez prendre les brides de nos chevaux et nous suivre au pas.
—Qu'allez-vous faire?
—Vous le saurez; mais cela ne doit pas vous concerner. C'est une vieille histoire que Keinec et moi connaissons, et comme nous l'avons commencée ensemble, c'est ensemble que nous devons la terminer. Quand nous serons à deux ou trois cents pas de l'auberge que les bandits vont fouiller pour nous trouver, vous vous arrêterez et vous nous attendrez. Au nom de l'honneur, Boishardy, je vous somme de ne pas vous mêler à ce que nous allons entreprendre. Attendez-nous seulement; que nous puissions fuir ensemble; car il faudra quitter Nantes cette nuit.