—Et Philippe?

—Soyez tranquille, nous le sauverons demain, s'il est vivant encore; maintenant, j'en réponds.

—C'est bien, répondit le gentilhomme. Marchez, je vous suis; je m'arrêterai là où vous me le direz, et je vous attendrai, à moins que vous m'appeliez vous-même.

—Merci, Boishardy. Maintenant retournons sur nos pas.

La distance que les chevaux avaient franchie était assez courte. Arrivés à deux cents pas environ de la maison, Marcof fit arrêter Boishardy près d'un mur qui l'abritait de son ombre. Puis, saisissant le bras de Keinec, tous deux s'avancèrent, profitant habilement de tout ce qui pouvait dissimuler leur marche.

—Écoute, dit le marin, les sans-culottes ont sans doute placé une ou deux sentinelles à la porte du cabaret. Il faut que ces sentinelles meurent sans pousser un cri. Laisse tes pistolets à ta ceinture. Assure-toi seulement que la chaîne qui retient ta hache à ton bras droit est solidement accrochée. Bien, c'est cela! Maintenant prends ce poignard.

Marcof tirant deux espèces de dagues corses de la poche de sa carmagnole en remit une à Keinec et garda l'autre.

—Encore une recommandation, continua-t-il. Ne frappe qu'à la gorge, mais frappe d'une main ferme et enfonce jusqu'au manche. L'homme qui meurt ainsi tombe sans pousser un soupir. Tu m'as bien compris?

—Parfaitement! répondit Keinec.

—Rappelle-toi que si Yvonne est à Nantes, Carfor, mieux que personne, peut nous en donner des nouvelles; car il sait tout ce qui se passe dans la ville. Il faut donc que nous le prenions vivant.