Une minute se passa, minute terrible, pendant la durée de laquelle toutes les facultés du marin se concentrèrent sur un même point, se réunissant pour atteindre un seul but: la mort de celui qui approchait. Enfin, le sans-culotte tourna sur ses sabots et, longeant la maison, atteignit l'endroit où se tenait Marcof.
Les nerfs du marin se détendirent d'un seul coup, comme la corde d'une arbalète, et il s'élança d'un seul bond en lançant dans l'espace un sifflement aigu. La flèche d'un archer ne serait pas arrivée plus rapide que la lame acérée du poignard de Marcof au cou de la sentinelle, qu'elle traversa de part en part. Le sans-culotte, littéralement égorgé, roula sur le sable sans exhaler une seule plainte. A peine Marcof se redressait-il, que Keinec était devant lui.
—C'est fait, dit simplement le jeune homme en montrant son poignard ensanglanté.
—Bien, mon gars! Maintenant, le plus difficile reste à faire, mais nous le ferons! Suis-moi; seulement, si tu te trouves avant moi en face du berger, étends-le d'un coup de poing mais ne frappe pas trop fort; il ne faut pas l'assommer.
—Je tâcherai.
—Viens.
Et Marcof entra résolument dans l'auberge. Un épouvantable tumulte y régnait du rez-de-chaussée aux combles. Les sans-culottes, ne désespérant pas encore du résultat de leur expédition, en dépit de leurs premières et infructueuses recherches, s'étaient éparpillés dans la maison et la sondaient de la cave au grenier. En arrivant près de l'escalier, Marcof se trouva face à face avec l'un de ceux que Pinard avait laissés dans le couloir donnant accès dans la salle commune.
—Où est Pinard? demanda-t-il brusquement.
—Il cherche des aristocrates, répondit le patriote nantais qui, en voyant le costume déchiré et ensanglanté du marin, n'eut pas le moindre soupçon et le prit pour un des siens.
—Est-il en haut, en bas, dans la cour?