—Eh bien, qu'ils y restent!

—Sans eux vous ne ferez rien de bon, cependant.

—Qu'ils viennent, alors! s'écria Marcof en frappant sur la table.

—Ils viendront, messieurs, ils viendront!

—Quand il n'y aura plus rien à faire, n'est-ce pas, monsieur le marquis?

—Vous prenez d'étranges libertés, mon cher.

—Marcof a raison, interrompit Boishardy. Nous commençons à être fatigués de cette émigration qui ne fait rien, qui parle sans cesse, et qui, lorsque nous aurons prodigué notre sang pour rétablir la monarchie, viendra, sans nous honorer d'un regard, reprendre les places qu'elle dira lui appartenir! Morbleu! qu'elle les garde donc ces places, ou tout au moins qu'elle les défende! Pourquoi a-t-elle pris la fuite, cette émigration qui doit tout abattre? Est-ce le devoir d'un gentilhomme d'abandonner son roi lorsque le danger menace? Répondez, monsieur le marquis! Vous prétendez que les émigrés veulent venir en Bretagne. Qui les en empêche? qui s'oppose à leur venue parmi nous? qui les retient de l'autre côté du Rhin, où il n'y a rien à faire? Pourquoi ces retards? Est-ce d'aujourd'hui, d'ailleurs, qu'ils devraient songer à combattre dans nos rangs et à donner leur sang comme nous avons donné le nôtre? Leur place n'est-elle pas auprès de nous? Encore une fois, monsieur, répondez!

Boishardy s'arrêta. Cormatin et Chantereau approuvaient tacitement. Marcof reprit la parole sans laisser le temps au marquis d'articuler un mot.

—Quand monsieur de Jausset a parlé d'hommes de naissance pour commander, dit-il, il a dirigé ses regards vers moi.

—Après?... fit dédaigneusement le marquis.