Et Kérouac remonta lentement les degrés de l'escalier qui conduisait à la pièce supérieure. Le vieillard avait déjà disparu que l'on entendait encore ses sanglots.

—Pauvre homme! dit Boishardy, on lui a massacré son enfant?

—Oui, répondit le marin, les bleus sont venus ici; ils ont emmené sa fille et son frère à Nantes. L'une a servi de jouet aux orgies de Carrier et est morte de faim et de douleur dans les prisons. L'autre a été guillotiné. Kérouac était à Nantes ce jour même, et il a vu rouler la tête de son frère en même temps qu'un geôlier compatissant lui apprenait qu'il avait perdu sa fille.

—Les monstres! murmura le gentilhomme.

Puis désignant Pinard:

—Celui-là payera pour tous! ajouta-t-il.

—Celui-là, répondit Marcof, celui-là nous procurera les moyens de satisfaire notre vengeance et d'arriver à notre but. Il nous aidera à frapper Carrier et à délivrer Philippe, ou, sur mon salut éternel, je le jure, il souffrira toutes les tortures de l'enfer. Allons, Keinec, il est temps d'agir. Tire ton poignard et pique ce misérable jusqu'à ce qu'il soit revenu complètement à lui.

Keinec appuya la lame aiguë de son arme contre le bras de Pinard, et enfonça graduellement. Le sans-culotte poussa un cri de douleur.

—Le voilà réveillé! dit froidement le marin.

—Oui, répondit Carfor en se redressant, oui, je t'entends et je te vois, Marcof; mais sache bien que si je suis en ta puissance, ma volonté est plus forte que la tienne. Tu me tueras, cette fois, je ne dirai rien. J'ai subi déjà les tortures que tu m'as infligées; mais aujourd'hui mon âme saura braver la douleur et sera plus puissante que mon corps!