—Tu te rappelles donc ce que tu me dois?

—Comment l'oublierais-je? Sans toi je serais mort de faim et de misère! Tu m'as recueilli, tu m'as donné de l'argent pour venir à Nantes, où tu me procurais une place. Grâce à toi, j'existe encore, et quoique le métier ne soit guère de mon goût, comme il me nourrit, je m'y résigne.

—A propos, caro mio, j'ai toujours oublié de te demander pourquoi tu avais quitté le pays?

—Nos bandes avaient été détruites.

—Par qui?

—Par les carabiniers, donc!

—Comment! vous vous êtes laissé battre par ces drôles?

—A la première rencontre, Cavaccioli avait été tué. La désunion s'est mise parmi nous. Alors chacun tira de son côté. Sachant bien que si j'étais pris je serais pendu, je passai en Sicile avec ma femme. Là je la perdis en peu de temps. C'est la fièvre qui me l'a tuée. Alors me trouvant seul au monde, je pensai à aller à l'étranger. Un patron de barque, de mes amis, me jeta en Sardaigne: de là je gagnai la Corse, puis la France. J'espérais, une fois à Paris, me tirer d'affaire, car on prétendait qu'il était facile d'y faire des siennes; mais....

—Tu t'étais trompé!

—Je le sais.