Il y avait dans cette salle plus de deux cent cinquante prisonniers; cinq seulement étaient debout. Ceux-là seuls vivaient encore! De ces cadavres amoncelés en une masse repoussante, les premiers étaient là depuis plus d'un mois!

—Toutes les salles représentent-elles donc le même spectacle? demanda Diégo en se remettant à peine du sentiment d'horreur et de dégoût qu'il venait d'éprouver.

—Toutes sans exception, répondit Piétro.

—Mais pourquoi n'enlève-t-on pas les morts?

—Est-ce que l'on a le temps? Et puis quand même, qui oserait toucher aux cadavres? C'est trop déjà de respirer les miasmes qui émanent de leurs corps: y toucher, ce serait vouloir mourir. Dernièrement un guichetier, celui d'en bas, est tombé asphyxié en ouvrant la porte de sa salle. Il y a huit jours, on offrit aux prisonniers qui voudraient se dévouer à cette tâche périlleuse, de leur rendre la liberté après l'exécution. Quarante se sont présentés. Trente ont péri avant la fin du travail.

—Et les dix autres?

—Ceux qui avaient survécu?

—Oui.

—Carrier les a fait guillotiner le soir même, disant qu'ils allaient ainsi être libres.

—Mais de quoi meurent donc ainsi les prisonniers?