—De tout! de maladie d'abord; le typhus ravage les prisons; presque tous les soirs, le poste de garde est décimé quand il ne meurt pas tout entier dans la nuit. Je ne sais pas comment nous pouvons y résister. Et puis la faim tue pas mal.

—La faim?

—Sans doute.

—Ne les nourrit-on pas?

—On leur donne par jour une demi-livre de riz cru et un morceau de pain mêlé de paille. Encore voilà-t-il quarante-six heures que la distribution n'a été faite. On leur vend l'eau, et ceux qui n'ont pas de quoi la payer meurent de soif.

—Mais pourquoi ces cadavres sont-ils superposés les uns sur les autres?

—Pourquoi?

—Oui.

—C'est bien simple. Les premiers morts ayant occupé toute la place de la salle, et la place manquant aux nouveaux venus, ceux-là ont été obligés pour se coucher de s'étendre sur les défunts. Dans la salle d'en bas, il y en a trois rangs les uns sur les autres; et si les quarante prisonniers dont je te parlais n'avaient pas, il y a huit jours, déblayé les prisons, je ne sais pas trop comment on pourrait aujourd'hui ouvrir les portes!...

Diégo, épouvanté de ce qu'il avait vu et de ce qu'il entendait, continua cependant à interroger le porte-clefs, lequel entra alors dans de si ignobles détails que nous nous refusons à les transcrire ici. Que ceux qui ne reculent pas devant ces pages effrayantes de l'histoire consultent toute la série du Moniteur du 1er au 25 frimaire an III (du 20 novembre au 15 décembre 1794), époque du procès de Carrier; qu'ils lisent attentivement les rapports faits à la Convention sur le proconsul de Nantes, l'acte d'accusation dressé contre lui, les dépositions des témoins oculaires, entre autres celles du citoyen Thomas; qu'ils fouillent, comme nous l'avons fait, les archives de la ville martyre, qu'ils étudient les mémoires de l'époque, et ils trouveront, non seulement tous les détails qui précèdent donnés par Piétro au citoyen Fougueray, mais encore tous ceux plus atroces que nous ne voulons pas décrire[5].