—Vous avez un bien plus précieux que tout cela à défendre, et ce bien c'est la vie.
—Est-ce donc à ma vie que vous en voulez?
—Je veux la défendre, mon cher beau-frère.
—Vous?
—Moi-même, qui vous ai toujours apprécié comme vous le méritez.
—Je suis condamné, monsieur, dit froidement le marquis, et j'ai hâte de mourir pour être délivré de tous mes maux. D'ailleurs l'existence venant de vous, je la repousserais!
—Cependant, dit Diégo, la mort est une vilaine chose, surtout par la façon dont elle arrive ici, et sans parler du typhus, il me semble qu'être noyé dans la Loire ou fusillé sur la place du Département....
—Vaut mieux mille fois que d'être guillotiné devant une foule sanguinaire et stupide! interrompit Philippe. Mourir par le fer est la mort du soldat; ce doit être la mienne. Mourir noyé dans le fleuve, c'est quitter la vie entouré de pauvres innocents qui vous font cortège pour monter au ciel. L'une ou l'autre façon de gagner l'éternel sommeil ne m'effraye pas, au contraire, je les attends toutes deux avec calme, presque avec impatience.
Diégo se mordit les lèvres. Les exécutions n'avaient nullement porté l'effroi dans l'âme du stoïque gentilhomme, et le bandit avait perdu en vain quatre jours à attendre. Le marquis fit un pas pour quitter la chambre.
—Vous voyez, dit-il, qu'il est inutile de prolonger l'entretien.