Le marquis se leva brusquement et sortit sans dire un mot.

—Tonnerre! s'écria Marcof, on ose nous envoyer de pareils hommes avec des brevets dans leur poche.

—Les émigrés sont fous, dit Chantereau.

—Pis que cela, répondit Boishardy, ils sont ridicules! Mais oublions cette scène et reprenons notre conversation au moment où cet imbécile empanaché est venu nous interrompre. Vous, Cormatin, quelles nouvelles de la Vendée?

—Mauvaises, répondit le chouan en s'avançant. Depuis la bataille de Cholet, Charette s'est tenu isolé dans l'île de Noirmoutier, dont il a fait son quartier général. Il y a quelques jours seulement, il apparut dans la haute Vendée pour y recruter des hommes. Un conseil tenu aux Herbiers l'a confirmé dans son commandement en chef.

—Mais, dit Boishardy, n'a-t-il pas vu La Rochejacquelein? Celui-ci est passé ici se rendant en Vendée cependant; et, depuis, je n'en ai pas eu de nouvelles.

—Si; ils se sont vus à Maulevrier.

—L'entrevue a été mauvaise. Ils ne s'aiment pas.

—Oh! s'écria Marcof; toujours la même chose donc; ici comme parmi les bleus! Quoi! Charette et La Rochejacquelein ne réunissent pas leurs forces? Ils font passer l'intérêt personnel avant le salut de la royauté, les causes particulières avant la cause commune? De stupides rancunes, de sots orgueils l'emportent sur le bien de la patrie?

—La Rochejacquelein a repassé la Loire, continua Cormatin.