—Ah! ajouta-t-il avec une expression de férocité inouïe. Tu vas mourir!

Et d'un bond, d'un seul bond de chat-tigre s'élançant sur sa proie, il tomba sur l'Italien. Le pistolet de l'envoyé du Comité de Salut public s'abaissa et le coup partit. La balle traversa de part en part le bras du défenseur d'Yvonne; mais telle était la force de cet homme et la puissance de la folle colère qui le dominait, qu'il ne sentit même pas la blessure dont le sang partit à flots.

Étreignant son adversaire à la gorge, il le terrassa d'un seul effort comme il eût plié un faible roseau. Le bandit râla sous cette énergique pression, sa face s'empourpra, puis passa rapidement du rouge vif au violet, et il demeura étendu sur le sol, la poitrine écrasée par le genou puissant de son ennemi.

—Une corde! une corde! dit l'inconnu en s'adressant à Yvonne et en lançant autour de lui un regard rapide et investigateur.

Mais la jeune fille, immobile et pour ainsi dire fascinée par le spectacle qu'elle avait sous les yeux, était incapable de comprendre et d'agir. Alors l'homme qui était venu si miraculeusement au secours d'Yvonne étreignit Diégo d'une seule main, en contenant tous ses mouvements, et de l'autre il arracha un poignard placé à sa ceinture, puis, se penchant sur le misérable, il lui saisit le bras droit, le contraignit à l'étendre, lui ouvrit violemment la main, l'appuya sur le parquet, et levant la lame tranchante et acérée, il la laissa retomber en traversant cette main, qu'il cloua littéralement sur le plancher. Diégo poussa un cri aigu de douleur, auquel répondit un cri de joie échappé des lèvres d'Yvonne.

—Keinec! s'écria la jeune fille en se précipitant dans les bras de son sauveur.

Keinec, car c'était lui, contempla quelques instants en silence la jolie Bretonne. Le pauvre gars revoyait enfin cette Yvonne qu'il adorait, qu'il cherchait depuis deux ans avec un courage que rien ne pouvait abattre, qu'il croyait perdue à jamais, et que le hasard venait de lui faire retrouver. Keinec ignorait la présence à Nantes de la pauvre fille du vieux pêcheur dont il avait récemment vengé la mort.

Keinec n'avait pas assisté à l'interrogatoire que Marcof s'était préparé à faire subir à Pinard dans le cellier de la petite ferme de Saint-Étienne.

Boishardy avait fait observer qu'il fallait que l'un d'eux retournât sur-le-champ à Nantes, afin de se tenir au courant des nouvelles, de se mettre à même de connaître l'émotion que provoquerait la connaissance du combat qui avait eu lieu dans le cabaret du quai de la Loire, et de voir ce qui résulterait de la disparition du lieutenant de la compagnie Marat.

Ayant l'intention de rentrer en ville le lendemain, il était urgent de ne pas tomber dans un piège et de pouvoir être prévenus en cas de besoin. En conséquence, Keinec était remonté à cheval sur l'heure, et tandis que se préparait le supplice de Carfor, il avait repris la route qu'il venait de parcourir.