—Rien! répondit Keinec. Entrons maintenant et hâtons-nous! Marcof est peut-être en péril et j'ai besoin de me trouver en face d'hommes à combattre, de périls à braver, d'ennemis à frapper!

Le jeune homme prononça ces derniers mots avec un tel élan de férocité sauvage, qu'Yvonne frissonna de tout son être. Boishardy comprit encore ce qui se passait dans le cœur du pauvre gars.

—Ton cœur est aussi grand par la bonté que par le courage, dit-il. Viens! ne pensons plus qu'à notre mission.

—Ce n'est pas de la bonté, répondit Keinec en pressant la main que le gentilhomme lui tendait affectueusement, c'est encore de l'amour!

Yvonne demeura dans la première pièce et les deux hommes passèrent dans celle où était attaché Diégo.


[XXX]

[UN SOUPER CHEZ CARRIER.]

Tandis que Boishardy reconnaissait l'infâme beau-frère du marquis de Loc-Ronan sous le costume de l'envoyé du Comité de salut public, Marcof et Carfor pénétraient dans la maison du citoyen proconsul. En passant devant le poste de la compagnie Marat, le marin se contenta de serrer davantage, en signe d'avertissement, le bras de l'ex-berger passé sous le sien. Le sans-culotte comprit à merveille. Les sentinelles, reconnaissant Pinard, lui livrèrent passage sans difficulté. La compagnie Marat savait que son lieutenant était attendu chez Carrier. Pinard marcha donc droit au cabinet du représentant.

Carrier était alors chez Angélique, dont l'appartement était situé à l'étage supérieur. Lorsqu'on vint lui annoncer le retour de Pinard, il lâcha un juron énergique exprimant à moitié ce qui se passait en lui. Cependant faisant contre fortune bon cœur (au fond il craignait son lieutenant), il se hâta de descendre et pénétra dans son cabinet avec de grandes démonstrations de joie.