[PIÉTRO]
Un tumulte étourdissant régnait dans la salle. On était à peine à la moitié du souper, et presque tous les convives étaient ivres. Carrier prodiguait ses caresses à Angélique Caron. Chacun criait, jurait, blasphémait, sans s'occuper de son voisin. Marcof alors se pencha vers Hermosa, à laquelle il n'avait encore adressé la parole que pour lui donner l'avertissement que nous connaissons.
—Tu m'as donc reconnu? demanda-t-il d'une voix railleuse.
—Oui, répondit sourdement la courtisane.
—Et cela t'étonne de me rencontrer ici?
—Qu'y viens-tu faire?
—Es-tu vraiment curieuse de le savoir?
—Peut-être.
—Allons! ne joue pas la comédie en prenant des airs de reine. Je te connais trop pour que tu te donnes cette peine. Cordieu! maîtresse de Carrier, c'est une belle fin, et j'ai dans l'idée que ce sera là ton dernier amour.
—Comme ce souper sera ton dernier repas.