Marcof fit un bond en arrière au moment où Carfor pressait la détente, et la balle, dirigée par la main de Dieu, effleura la poitrine du marin et brisa le crâne de la courtisane. Le corps inanimé d'Hermosa s'affaissa sur la table qu'il inonda de sang. Un cri d'épouvante répondit à la détonation. Marcof comprit qu'il était perdu.

Rassemblant toutes ses forces, il saisit le bord de la table, roidit ses nerfs d'acier et renversa le meuble sur les convives qui lui faisaient face. Les flambeaux glissèrent, les bougies s'éteignirent et l'obscurité remplaça subitement l'éclat des lumières. Alors le marin, son poignard à la main, s'élança, abattant et renversant tout ce qui lui faisait obstacle.

Il gagna rapidement la porte au milieu des cris et du pêle-mêle. Dans l'escalier il rencontra quelques sans-culottes qui accouraient. Une fenêtre s'ouvrait en face de lui; Marcof n'hésita pas un moment, il la franchit et sauta en dehors. Il était tombé devant le poste même de la compagnie Marat. La sentinelle croisa la baïonnette sur lui. Le marin se releva vivement et prit la fuite. Une balle siffla à ses oreilles et hâta encore sa course.

Par bonheur, Marcof avait pris la direction du Bouffay. Arrivé sur la place, il se précipita vers l'échafaud. Boishardy et Keinec l'y attendaient.

—Perdu! s'écria Marcof avec désespoir; tout est perdu par ma faute!

—Non! répondit Boishardy, tout est sauvé; nous pouvons pénétrer dans la prison!

—Comment cela? Il est neuf heures à peine.

—J'ai un blanc-seing de Carrier!

—Un blanc-seing de Carrier?

—Le voici; je l'ai rempli. Venez! je vous expliquerai tout plus tard. J'ai trouvé ce papier dans la poche du prisonnier fait tantôt par Keinec; venez, hâtons-nous!