La prison était voisine; les trois hommes y furent en quelques secondes. Boishardy s'avança le premier.

—Ordre de Carrier! dit-il en présentant la feuille tout ouverte à l'officier de service. Celui-ci la prit, puis la mettant dans le tiroir de la petite table devant laquelle il était assis:

—Passez, citoyens, dit-il.

—Tu vois ce qu'il nous faut? répondit Boishardy.

—Oui; mais ce n'est pas mon affaire. Entrez et adressez-vous aux geôliers.

Boishardy, Marcof et Keinec pénétrèrent dans la prison. Marcof laissait agir son ami. Celui-ci alla droit au bureau du directeur de l'entrepôt, comme disaient les sans-culottes. L'officier les avait fait accompagner par un grenadier chargé d'appuyer leur demande. Il avait gardé par devers lui l'ordre en blanc rempli par Boishardy, selon l'usage, afin de mettre sa responsabilité à couvert.

Boishardy formula le but de sa mission. Il venait chercher, au nom du citoyen représentant, deux prisonniers: le ci-devant marquis de Loc-Ronan et le citoyen Jocelyn, ci-devant valet de chambre. Le grenadier appuya la demande, comme il en avait l'ordre de son chef.

—Jocelyn... et Loc-Ronan... répéta l'inspecteur; mais ils sont exécutés depuis longtemps.

—Impossible, répondit Marcof; Pinard m'a affirmé le contraire.

—Quand cela?