—Tu connaissais cet homme? s'écria le marin avec étonnement.

—Cet homme se nommait Diégo, celui dont tu as détruit la bande dans les Abruzzes, la nuit même où tu nous as quittés. Rappelle-toi les deux voyageurs assassinés, la jeune fille sauvée par toi, et tu devineras la vérité.

—Oh! je comprends....

—Attention! interrompit Boishardy, nous voici en présence de l'ennemi!

Ils venaient en effet d'arriver près de la porte de la ville d'où partait la fusillade. Un violent combat s'y livrait. Les soldats républicains, surpris dans le sommeil par la bande de Fleur-de-Chêne, opposaient néanmoins une vive résistance.

Ils attendaient du secours de la ville. Ce secours arrivait. Goullin, à la tête des sans-culottes, déboucha sur la petite place au moment même où Boishardy et ses compagnons s'élançaient vers les leurs.

Le tambour battant la charge annonçait en même temps la rapide arrivée d'un nouveau renfort. Marcof et Boishardy comprirent que la lutte allait devenir impossible, et qu'il fallait forcer le passage coûte que coûte. Le marin fit entendre le cri de ralliement des chouans.

Aussitôt Fleur-de-Chêne arrêta l'élan de ses hommes. Les soldats de garde, décimés, se replièrent sur les sans-culottes. Un passage était libre. Boishardy en profita habilement.

—Fuyez! cria Marcof. Je reste avec Fleur-de-Chêne pour protéger la retraite.

—Non pas, partez tous! je réponds du reste! répondit le chouan qui venait de pousser un cri de joie en reconnaissant ses chefs.