—Oui.
—Piétro vous donnera plus de détails, mademoiselle. Qu'il complète mes révélations.
L'inconnue se tourna alors vers l'Italien.
—Vous avez entendu, mon ami. Voulez-vous avoir la bonté de parler à votre tour? Surtout n'omettez rien; racontez les plus légers détails. Vous devez penser à quel point ce récit m'intéresse. Ne vous inquiétez pas de mes larmes, si elles coulent encore. Il faut bien que je sache tout.
Piétro interrogea Marcof du regard.
—Parle! répondit le marin.
L'Italien s'inclina respectueusement devant son interlocutrice et commença:
—Ce que je vais vous dire, mademoiselle, je l'ai déjà raconté à Marcof, et je le tiens de la bouche même de Cavaccioli, l'ami de Diégo. Voici ce qui s'est passé après que Marcof vous eut arrachée à une mort certaine. Diégo et Raphaël avaient emporté la cassette contenant les papiers de vos deux frères. Il paraît que dans ces papiers ils découvrirent un secret de famille.
—Secret que je puis vous révéler maintenant, interrompit l'inconnue, car ce secret n'en est plus un. Il faut que vous sachiez, messieurs, qu'en 1768 mon père fut exilé de France par ordre du roi Louis XV. Il avait eu le malheur de déplaire à madame Du Barry, et de s'être déclaré le partisan zélé de M. de Choiseul et des parlements. Libre de choisir le lieu de son exil, il adopta l'Italie, et vint avec sa famille s'installer à Rome. Nous étions trois enfants. L'aîné, mon frère, qui devait un jour hériter du nom et des armes de la famille, était alors le vicomte de Fougueray. Le second se nommait le chevalier de Tessy; et moi enfin, Marie-Augustine de Fougueray. Les premières années de notre séjour dans la capitale du monde chrétien se passèrent calmes et heureuses. Mon père avait fait réaliser une grande partie de sa fortune. Il ne possédait plus en France qu'une petite terre située dans la basse Normandie. Nous vivions grandement à Rome. Enfin le malheur s'abattit sur nous. Nous perdîmes notre père. Mon frère aîné sollicita du roi notre rentrée en France et il l'obtint. Nous résolûmes de quitter l'Italie. Nous étions alors en 1774.
La pauvre femme s'arrêta comme dominée par l'émotion, puis elle reprit: