Yvonne priait toujours. Jahoua avait repris sa place auprès d'elle. L'équipage, morne et silencieux, s'attendait à chaque instant à voir le petit bâtiment se briser sur quelque rocher sous-marin.

—Jette le loch! ordonna Marcof en s'adressant à Bervic.

Celui-ci s'éloigna, et, au bout de quelques minutes, revint près du patron.

—Eh bien?

—Nous culons de trois brasses par minute, répondit le vieux Breton avec cette résignation subite et ce calme absolu du marin qui se trouve en face de la mort sans moyen de l'éviter.

—A combien sommes-nous de la Torche?

—A trente brasses environ.

—Alors nous avons dix minutes! murmura froidement Marcof. Tu entends, Yvonne? Prie, ma fille, mais prie en breton; le bon Dieu n'entend peut-être plus le français!...

Un silence d'agonie régnait à bord. La tempête seule mugissait.

La voix de la jeune fille s'éleva pure et touchante, implorant la miséricorde du Dieu des tempêtes. Tous les matelots s'agenouillèrent.