—Va Doué sicourit a hanom, commença Yvonne dans le sauvage et poétique dialecte de la Cornouaille; va vatimant a zo kes bian ag ar mor a zo ker brus[1]!

Footnote 1: [(retour) ]

«Mon Dieu, protégez-moi, mon navire est si petit et votre mer si grande.»

—Amen! répondit pieusement l'équipage en se relevant.

—Un canot à bâbord! cria brusquement Bervic.

Tous les matelots, oubliant le péril qui les menaçait pour contempler celui, plus terrible encore, qu'affrontait une frêle barque sur ces flots en courroux, tous les matelots, disons-nous, se tournèrent vers la direction indiquée.

Un spectacle saisissant s'offrit à leurs regards. Tantôt lancée au sommet des vagues, tantôt glissant rapidement dans les profondeurs de l'abîme, une chaloupe s'avançait vers le lougre, et le lougre, par suite de son mouvement rétrograde, s'avançait également vers elle. Un seul homme était dans cette barque. Courbé sur les avirons, il nageait vigoureusement, coupant les lames avec une habileté et une hardiesse véritablement féeriques.

—Ce ne peut-être qu'un démon! grommela Bervic à l'oreille de Marcof.

—Homme ou démon, fais-lui jeter un bout d'amarre s'il veut venir à bord, répondit le marin, car, à coup sûr, c'est un vrai matelot!

En ce moment, une vague monstrueuse, refoulée par la falaise, revenait en mugissant vers la pleine mer. Le canot bondit au sommet de cette vague, puis, disparaissant sous un nuage d'écume, il fut lancé avec une force irrésistible contre les parois du lougre.

Un cri d'horreur retentit à bord. La barque venait d'être broyée entre la vague et le bordage. Les débris, lancés au loin, avaient déjà disparu.