—Je pense que vous êtes des misérables!
—Paroles perdues que tout cela!
—Et vous croyez que je vous laisserai agir?
—Parbleu!
—Eh bien! vous vous trompez!
—Vraiment?
—Je vais...
—Ameuter ces drôles contre nous? interrompit le comte en désignant les paysans assemblés dans la cour. Erreur, mon cher, grave erreur! Ce serait le moyen le plus certain de voir déshonorer à l'instant la mémoire de votre maître, Nous ne sommes pas si nigauds que de nous être mis de cette façon à la merci des gens! Nous jeter ainsi dans la gueule du loup, pour qu'il nous croque!... Allons donc! Le chevalier et moi sommes des gens fort adroits, mon cher Jocelyn. Vous avez vu, lorsqu'il y a quelques jours le marquis voulut faire de nous un massacre général, qu'il a suffi d'un seul mot pour le désarmer et l'amener à composition? Sachez bien, mon brave ami, que les papiers qui renferment les secrets de la vie de votre maître sont déposés à Quimper, entre les mains d'une personne qui nous est toute dévouée... Si, par un hasard quelconque, nous ne reparaissions pas ce soir, ces papiers seraient remis à l'instant entre les mains de la justice. Or, vous n'ignorez pas, vous qui êtes au courant des événements politiques, que la justice aime assez en ce moment à courir sus aux bons gentilshommes, pour flatter les instincts populaires en vue de ce qui doit arriver? Donc, quoi que vous fassiez, si nous ne nous entendons pas, le marquis de Loc-Ronan, mort ou vivant, sera jugé!
—Vous n'oseriez évoquer cette affaire! répondit Jocelyn.
—Pourquoi pas?