—C'est le Jean-Louis, sang du Christ! Je le reconnais à sa mâture élevée et à ses allures de brick de guerre.
—Impossible! Le paysan que nous avons rencontré il y a trois jours à peine, nous a dit que Marcof était allé à Paimboeuf et qu'il ne reviendrait que dans douze jours au plus tôt.
—Je le sais; mais néanmoins, c'est le Jean-Louis, j'en réponds!...
—Marcof n'est peut-être pas à bord.
—Allons donc! Le Jean-Louis ne prend jamais la mer sans son damné patron.
—Alors si c'est Marcof, Diégo, raison de plus pour chercher promptement un asile sûr!...
—C'est mon avis, Raphaël; car si ce diable incarné connaît la vérité, et Jocelyn la lui apprendra sans doute, il va se mettre à nos trousses. Or, je l'ai vu à l'oeuvre, et je sais de quoi il est capable. Je suis brave, Raphaël, je ne crains personne, et tu as assisté, près de moi, à plus d'une rencontre périlleuse, n'est-ce pas? Eh bien!... tout brave que je sois et que tu sois toi-même, nous ne pouvons rivaliser d'audace et d'intrépidité avec cet homme. Il semble que la lutte, le carnage et la mort soient ses éléments. Marcof, sans armes, attaquerait sans hésiter deux hommes armés, et je crois, sur mon âme, qu'il sortirait vainqueur de la lutte! Hâtons-nous donc de regagner Quimper, Raphaël, et mettons sans plus tarder ton sage projet à exécution. Un jour nous trouverons l'occasion de nous défaire de cet homme, j'en ai le pressentiment! Mais, en ce moment, ne compromettons point l'avenir par une imprudence.
Le comte et le chevalier, pressant leurs montures, quittèrent la route des falaises en prenant la direction de Quimper.